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" L'humanité souffre. Le monde est une vaste plaine après un carnage, jonchée d'agonisants qui râlent et qui se tordent. Les hommes, "les gens" déambulent, anonymes, et dissimulent une plaie béante sous leurs airs impassibles. Le bonheur.. L'homme n'en entrevoit que des apparences, celles qu'essaie de lui donner le voisin. Mais n'enragez pas du bonheur du voisin. Il est pédophile, héroïnomane et schizophrène. Et par-dessus tout, il enrage de l'image d'harmonie absolue que vous et votre famille lui offrez en permanence. Il ignore que votre femme vous bat et que vos enfants ne sont pas de vous. Le bonheur est une illusion d'optique, deux miroirs qui se renvoient la même image à l'infini. N'essayez pas de remonter, à l'image d'origine, il n'y en a pas. Ne dites pas que le bonheur est éphémère. Le bonheur n'est pas éphémère. Le sentiment ressenti et pris pour le bonheur quand on est amoureux, quand on a réussi quelque chose, c'est le sursis avant de comprendre l'erreur : l'être aimé ne ressemble à rien, ce que vous avez réussi ne rime à rien. Cela ne vous rend pas malheureux, mais conscient. Le bonheur ne se finit pas, il se rectifie.
Nous avons inventé la lumière pour nier l'obscurité. Nous avons mis les étoiles dans le ciel, nous avons planté des réverbères tout les deux mètres dans les rues. Et des lampes dans nos maisons. Eteignez les étoiles et contemplez le ciel. Que voyez-vous ? Rien. Vous êtes en face de l'infini que votre esprit limité ne peut pas concevoir et vous ne voyez plus rien. Et cela vous angoisse. C'est angoissant d'être en face de l'infini. Rassurez-vous ; vos yeux s'arrêteront toujours sur les étoiles qui obstruent leur vision et n'iront pas plus loin. Aussi ignorez-vous le vide qu'elles dissimulent.
Eteignez la lumière et ouvrez grand les yeux. Vous ne voyez rien.
Que l'obscurité, que vous percevez plus que vous ne voyez.
L'obscurité n'est pas hors de vous. L'obscurité est en vous.
Je porte la malédiction de la lucidité.
Les yeux de mon esprit sont grand ouverts sur la vie et contemplent le vide.
Et pourtant luisait en moi l'étincelle moqueuse d'un espoir indéfini,
qui par instant me faisait oublier le goût amer de la moelle pourrie du monde,
petite étincelle ténue, seule barrière entre moi et l'autodestruction.
Bien que vouée aux affres du pessimisme, aux abîmes de la vérité, je vivais.
Je vis encore. Pourquoi ?
Chaque matin, je me dégage des bras enchanteurs de Morphée,
pétrifiée à l'idée de ces heures interminables qui s'engraineront lentement
jusqu'à ce que je puisse me replonger dans l'oubli bienfaisant d'un nouveau sommeil.. "